Voitures, vélos et piétons en ville. Quel partage de l’espace public ?

lundi 18 mai 2009 par sam

Pays de Brumath

Voitures, vélos et piétons en ville. Quel partage de l’espace public ?

Quelle cohabitation entre les modes de déplacement en ville ? Quel respect du domaine public par les habitants comme par les usagers de l’automobile ? Quelle place pour les piétons et les cyclistes ? Autant de questions qui ont été posées lors de la conférence-débat organisée par l’association Citoyenneté et Démocratie locale, le 31 janvier dernier, à la Salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville de Brumath… La réponse des deux intervenants de la soirée est convergente : « On a besoin que tous les citoyens participent à un tel projet et s’expriment auprès des élus ».

Premier à intervenir, Vincent Rouch, responsable de la Subdivision de l’Équipement de Haguenau, qui va prendre prochainement la responsabilité de la Subdivision de la Communauté urbaine de Strasbourg, a été clair. L’époque est révolue de la « voiture reine » en faveur de laquelle l’aménagement du territoire s’est développé, en particulier dans les villes. Sur ce point, il a trouvé un accord avec Jean Chaumien, président-fondateur de l’association Comité d’action deux roues (CADR 67), association créée à Strasbourg en 1975 à une époque où la capitale alsacienne ne comportait aucun aménagement cyclable. Les temps ont bien changé. Les perspectives d’évolution des modes de transport également. Rappelant aussi bien sa formation d’ingénieur et d’architecte que la philosophie de son ministère, Vincent Rouch a précisé que le « développement durable », thème de la précédente conférence-débat, est bien inscrit dans les mentalités et dans l’action des aménageurs et responsables de la Direction départementale de l’Équipement (DDE). Les dispositifs législatifs récents (loi sur l’air ou loi SRU) ont imposé des dispositions pour les personnes à mobilité réduite et en faveur de leurs modes de déplacement. Ainsi, la loi sur l’air oblige à supporter des pistes cyclables. Jean Chaumien, à l’époque conseiller auprès du ministre de l’environnement Corinne Lepage, a expliqué comment il a pu faire inscrire ce point dans la loi et comment cette disposition a contribué à changer la vie pour les cyclistes mais aussi à favoriser une meilleure cohabitation avec les automobilistes.

Prix d’une saleuse : 150 000 euros !

La voirie, a souligné Vincent Rouch, c’est ce qui est visible par tous et donne la première image d’une ville ou agglomération à ses habitants et aux personnes de passage ainsi que de son confort. Elle pose des problèmes globaux d’aménagement. Pour les villes, elle est un des principaux postes de dépenses budgétaires. Le partage de la voirie et la gestion du domaine se traduisent dans des coûts importants qui devraient conduire à une responsabilité croissante des usagers et des habitants. En période hivernale, avec vague de froid et chute de neige, Vincent Rouch gère un parc de huit saleuses dont les personnels travaillent jour et nuit pour que les routes de la circonscription de Haguenau soit dégagées. Le prix d’un tel engin est de 150 000 euros !

Rappelée en séance, la proposition du gouvernement norvégien de faire baisser les impôts des adeptes du vélo devrait pouvoir être reprise en France. Le CADR et la Fédération française des usagers de la bicyclette (que Jean Chaumien a aussi fondée) soutiennent l’initiative. Démonstration à l’appui, avec chiffres et tableaux présentés à l’écran, Jean Chaumien a montré en quoi le vélo conduit à des économies en matière de carburant, d’aménagement urbain, d’infrastructures, de pollution urbaine etc... Il a notamment rappelé, études statistiques en main, que 26% des usagers de la voiture utilisent celle-ci pour des déplacements inférieurs à 1 km, 67% pour un déplacement de moins de 4 km et 83% pour parcourir une distance inférieure à 10 km. « Or, il faut environ 6 km pour que les émissions de polluants se stabilisent ! » Il estime qu’une réaction est nécessaire et que l’on se soucie enfin de la disparition progressive des marchands et des réparateurs de cycles. Avec le CADR, il revendique un « code de la rue » en complément du « code de la route ».

La piste Brumath-Haguenau

Dans le débat, les participants auront appris de la bouche de Vincent Rouch que la prochaine piste cyclable reliant Brumath à Haguenau sera pour un tiers du trajet en site propre, que la piste de Gambsheim au canal de la Marne au Rhin est un projet qui avance. Mais un tel projet nécessite la discussion avec les usagers et les élus des communes concernées car il ne saurait être envisagé dans les seules optiques touristique ou sportive en oubliant la pratique quotidienne des cyclistes. Adjoint au maire de Brumath chargé de la circulation, Jean-Daniel Schell, a donné des compléments d’information sur les infractions relevées dans sa commune (30% sont liées au stationnement illicite et gênant par exemple). En exclusivité, il a donné des statistiques sur la circulation. « En 5 ans, il y a eu 30% d’augmentation du trafic des véhicules à Brumath ! ». Et de préciser : « quand il y a 1% d’habitations en plus par an, le nombre de voitures augmente de 2% et le trafic de 6% ! » Et d’évoquer aussi le projet d’interdire le trafic nocturne de gros véhicules à Brumath en raison des nuisances.

Des usagers du train-vélo se sont interrogés sur la nécessité d’avoir à la gare de Strasbourg un garage à bicyclettes… Une réalisation de ce genre devrait encourager ce mode de transport à partir de Brumath… Dans la discussion, Jean Chaumien a rappelé que la réalisation de pistes cyclables à contre-courant dans les sens uniques pour voiture a été acceptée à Strasbourg, à l’époque ou Pierre Pflimlin était maire. L’argument de sécurité avancé est que « deux paires d’yeux valent mieux qu’une ». Il a été constaté qu’il n’y a pas eu d’accidents mettant en cause des cyclistes dans ce contexte. La question des accidents de la route n’a pas été abordée en tant que telle mais elle était présente implicitement. Au passage, le public aura appris que « trois-quarts des accidents corporels se produisent en milieu urbain » (M. Rouch) et que « plus de 260 000 personnes meurent sur les routes chaque année dans le monde » (M. Chaumien). Sujet d’intérêt général par excellence, la voirie ou le partage de l’espace public fait partie de cette démocratie participative devant rapprocher les élus et les citoyens sur les cas concrets. Cette conviction a été affichée par le responsable de l’équipement qui, en autres pratiques pointées du doigt, a dénoncé le fait que bien des riverains considèrent le domaine public devant leur domicile comme étant, de fait, un « domaine privé ». D’où des conflits à propos du stationnement de voitures « étrangères ».

Il est évident qu’une telle soirée d’échanges n’a pas épuisé le sujet… La prochaine soirée proposée par l’association Citoyenneté et Démocratie locale aura lieu le 7 mars et inaugurera un « nouveau cycle » sur le thème « Violence, société, éducation ».

sam