Quelle culture de l’accueil de l’étranger ? Entre l’information et le fantasme ?

lundi 18 mai 2009 par sam

Quelle culture de l’accueil de l’étranger ? Entre information et fantasme ?

Tel était le thème de la soirée organisée le 16 mai par l’association Citoyenneté et Démocratie Locale de Brumath à la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Brumath dans le cadre de son nouveau cycle de conférences-débats intitulé « Regards sur la culture »

Pour répondre à cette question l’association avait invité Michel Weckel, délégué régional de la CIMADE (Comité inter mouvement auprès des évacués).
La CIMADE est une association crée en septembre 1939 pour aider les Alsaciens-Mosellans évacués dans le sud-ouest durant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, elle aide les étrangers dans leur vie quotidienne et dans toutes leurs démarches administratives.
A Strasbourg, la Cimade reçoit entre 1000 et 1500 personnes par an. Elle intervient dans les centres de rétention administrative et travaille avec d’autres associations dans le monde entier.

Chaque conflit provoque des exodes, des exils. « L’exil, ça n’arrive pas qu’aux autres. »

Michel Weckel a tenu à faire quelques remarques préalables. « Je ne suis pas venu avec un discours tout fait. Ma réflexion est objective, car lorsque la problématique de l’accueil de l’étranger est prise dans la subjectivité, on entre dans le fantasme et dans le registre du passionnel, de l’irrationnel. Il est impératif de placer ce thème dans la raison et les faits ! » Il posa tout d’abord une question aux personnes présentes « Quel est le pourcentage d’étrangers en France ? » en demandant réflexion pour une réponse durant le débat.

« Les étrangers ne sont pas là par hasard. »

Petit rappel historique :
Jusqu’en 1960, la France a besoin de main d’oeuvre, c’est l’immigration économique. Des étrangers vivant en France se sont installés à ce moment-là. Dans les années 60, il n’y avait pas de politique des visas. En 1973/74, le choc pétrolier provoque une crise ayant comme résultat une récession économique. Epoque de l’arrivée du chômage et fin de l’immigration liée au travail. En 2003, nous sommes toujours dans cette même période. A partir de 1980, naissance du processus de la politique des visas, son but : filtrer les allées et venues en matière d’immigration. Puis, il y a eu un renforcement de la réglementation des cartes de séjour. « Mais, comme l’a dit M. Sarkosy, ministre de l’intérieur, il n’y aura pas d’immigration zéro en France. En effet, croire en la possibilité d’une immigration zéro c’est être dans le fantasme »

Quelques chiffres :

Les 100000 étrangers nouveaux installés chaque année peuvent se répartir ainsi :
- entre 10 et 15000 commerçants
- plusieurs dizaines de milliers d’étudiants
- jusqu’à 80000 personnes selon les années par le regroupement familial
- plusieurs milliers de réfugiés.

En France il existe une sorte de consensus républicain en ce qui concerne l’immigration qui peut se résumer ainsi :

- d’un côté, on est dans la perspective de la fermeture de l’immigration
- de l’autre, volonté d’intégrer les étrangers qui sont venus en France.
En 1998, la loi Chevènement a montré cette volonté d’intégration. En général, lorsqu’un gouvernement de gauche est au pouvoir il favorise cette volonté, alors qu’un gouvernement de droite aura tendance à resserrer la politique d’immigration. Mais le débat du consensus républicain est parasité depuis 20 ans par l’extrême droite. « Le débat républicain permet de tordre le cou à l’irrationnel, au fantasme tandis que le débat non républicain ne le permet pas ».

Néanmoins une question fondamentale se pose :

Qui est étranger ? Selon la loi française est étranger celui qui ne possède pas la nationalité française. Cette conception ancienne date de Napoléon, elle est basée sur 2 principes :
- le droit du sang : on est français car au moins un des parents est de nationalité française.
- le droit du sol : on est né en France et on n’y a résidé pendant un certain nombre d’années ( au moins 5 ans avant la demande de naturalisation )

Ces deux principes sont de valeurs égales. Il n’y a jamais eu dans le contexte républicain de conception raciale ou ethnique de l’identité nationale. Etre français, c’est une question de droit.

De plus, la France est probablement le pays qui naturalise le plus, en moyenne 120000 naturalisations par an, ce qui constitue un apport démographique essentiel.

A la question posée en début de réunion les réponses furent variées ( entre 7 et 50%)

En conclusion Michel Weckel donna la réponse : le taux d’étrangers en France est de 6,3% (chiffre INSEE). La question de l’étranger dépend du regard que nous portons sur l’autre ce qui peut amener à avoir des préjugés.

Le débat qui suivi la conférence fut riche en enseignement. Les fantasmes sont des préjugés qu’on n’a pas vécus dans la réalité. Par exemple, les préjugés liés aux quartiers sont faux car il y a dans ces quartiers ’’dits sensibles’’ des réalités extrêmement contrastées. Malgré les groupuscules de casseurs il y règne un esprit de convivialité. Le racisme habite dans toutes les cultures, les époques et la généralisation amène toujours aux préjugés et aux fantasmes. Or personne n’a le monopole du racisme, du fanatisme.

M. Jean Daniel Schell, adjoint au maire, donna quelques chiffres relatifs aux étrangers à Brumath. La ville compte 6,15% d’étrangers (75% non européens et 25% européens). Il y a une forte demande de naturalisation mais la barrière de la langue reste un problème surtout pour les femmes. La possibilité de remettre en place des cours d’alphabétisation a été évoquée.

Le dernier point discuté fut la problématique des sans-papiers avec les problèmes juridiques mais aussi psychologique pour les réfugiés qui ont risqué leur vie en voulant quitter leur pays.


La soirée se termina en rappelant la prochaine réunion proposée par l’association Citoyenneté et Démocratie local qui aura lieu le 13 juin à 20h dans la même salle sur le thème
« Culture dans la Ville et culture de la Ville. Une interrogation pour tous ? »

Laetitia Thomas

sam